PROTHÈSE POST-OPÉRATOIRE PNEUMATIQUE

 

Jacques Houde, physiothérapeute à l'unité des amputés

Louise Vancraenenbroek, erg., chef de l'unité des amputés

Responsable du programme-cadre amputation

 

 

L'efficacité d'un appareillage immédiat du membre inférieur, suite à l'amputation, est reconnue par plusieurs auteurs (1,2). A la phase post chirurgicale, l'appareillage permet non seulement une diminution de l'œdème et de la douleur mais aide aussi à la cicatrisation de la plaie par l'augmentation de la vascularisation du moignon. Il limite également les rétractions musculaires et articulaires et habitue le moignon à la pression future de la prothèse. Enfin, il aide à maintenir la proprioception du membre amputé.

 

Avant 1986, nous utilisions au Centre François-Charon, un type d'appareillage post-opératoire composé d'une emboîture plâtrée prise directement sur le moignon du client. Cette emboîture était ajustée sur un mécanisme prothétique. Malheureusement, nous ne pouvions utiliser cette prothèse qu'avec une clientèle jeune ou à faible risque de complication vasculaire afin d'éviter les blessures. Nous nous limitions aux seuls niveaux d'amputation tibiale, les autres niveaux étant difficiles à ajuster. La charge de travail provoquée par ce type d'appareillage présentait un problème pour le service d'aides techniques (laboratoire d'orthèse-prothèse) En conséquence, nous avons dû l'abandonner.

 

 

En mai 1986, nous avons repris l'idée de la prothèse post-opératoire en éliminant les principales difficultés survenues par les années passées. Le service de physiothérapie du Centre régional de réadaptation Royal d'Ottawa utilisait la prothèse post-opératoire plâtrée pour la majorité de leurs clients amputés au niveau tibial. Il utilisait, par contre, une prothèse post-opératoire gonflable pour la clientèle à risque de complication vasculaire ou encore pour les personnes amputées au niveau fémoral présentant un moignon difficile à ajuster avec une prothèse post-opératoire plâtrée.

 

Nous avons fait l'essai de deux modèles de prothèse post-opératoire pneumatique (prothèse " pop " ), l'un offert par une compagnie américaine et l'autre par une compagnie britannique. Notre choix s'est porté sur le modèle de cette dernière compagnie. Nous l'avons modifié en incluant les avantages du modèle américain Le résultat est un produit amélioré, efficace, d'installation facile et sécuritaire.

 

Chacun des équipements comportait une pompe à pied afin d'assurer le gonflement du manchon qui s'insère sur le moignon du client. Cette pompe s'avérant peu pratique, notre service des installations matérielles a donc développé, en collaboration avec le service d'aides techniques (laboratoire d'orthèse-prothèse), une pompe électrique. Celle-ci assure un gonflage rapide du manchon, tout en garantissant une pression contrôlée autour du moignon, grâce à un système de sécurité.

 

Suite à cette période d'essais techniques du matériel prothétique, nous avons testé la prothèse modifiée avec notre clientèle amputée sur une période de plusieurs mois. La prothèse  "pop " a pu être utilisée pour les bénéficiaires amputés tibaux, féméraux et désarticulés du genou Dans certains cas, avec quelques domifications du matériel ou du protocole d'entraînement, il a été possible d'utiliser la prothèse " pop" pour des moignons fémoraux très courts, ainsi que tibiaux très longs (incluant les désarticulés de Syme). Nous avons ainsi amélioré la préparation du client en vue de la réadaptation prothétique avec une prothèse standard.

 

Nous avons pensé que les clients nouvellement amputés dans les hôpitaux de la région, pourraient bénéficier de la prothèse " pop ", étant donné qu'elle permet l'appareillage rapide du membre amputé, deux à dix jours après l'amputation (3), selon la condition générale du candidat. Un service de prêt de la prothèse fut mis en place celui-ci étant supporté par les services de physiothérapie des hôpitaux. Le service de prêt, s'est d'abord limité au Centre Hospitalier de l'Université Laval et à l'Hôpital St-Francois D'Assise. Ce choix s'est imposé par l'intérêt que portaient les physiothérapeutes de ces établissements à la prothèse " Pop ".

 

À la suite de cette expérience, service de prêt a été lancé officiellement en avril 1988. Durant les semaines qui ont suivi, plusieurs services de physiothérapie et d'orthopédie d'hôpitaux de la région ont été visités par un physiothérapeute de l'unité des amputés qui a donné l'information sur la prothèse " pop ".

 

Pendant une période s'échelonnant de mai 88 à avril 89, vingt-neuf clients (vingt et un hommes et huit femmes) de sept hôpitaux de la région ont pu bénéficier d'un appareillage post-opératoire. La moyenne d' âge se situait chez les hommes à 61 ans et chez les femmes à 63 ans. Les amputations se répartissaient comme suit : seize amputations tibia les, onze amputations fémorales, une double amputation tibiale et une désarticulation du genou. De ces clients, vingt et un ont été appareillés par la suite avec une prothèse standard. Trois personnes ayant une amputation tibiale ainsi que cinq ayant une amputation fémorale n'avaient pas les exigences requises pour être appareillées avec une prothèse standard. Elles ont tout de même pu essayer la prothèse " pop " lors de leur période d'évaluation. Ceci fut un facteur déterminant pour la décision de non appareillage.

 

L'utilisation de la prothèse " pop " nous a révélé plusieurs points positifs tant en milieu hospitalier qu'au Centre François-Charon. Certains clients, libérés de l'hôpital en apportant la prothèse " pop " à domicile, ont pu poursuivre la préparation pré-prothétique en vue de leur admission au Centre Francois-Charon. Dès les premiers jours de réadaptation, la clientèle présente donc un moignon prêt pour un appareillage standard. La phase d'entraînement avec la prothèse standard est plus courte étant donné la tolérance à la pression sur le moignon développée avec l'usage de la prothèse " pop ". L'impact négatif de l'amputation au niveau psychologique, a été atténué par l'utilisation précoce de la prothèse " pop ". Nous avons aussi constaté une diminution appréciable de la durée de séjour de la clientèle.

 

 En conclusion, l'expérience acquise avec l'utilisation de la prothèse " pop ", améliore la qualité de nos interventions auprès des personnes amputées. C'est aussi un excellent moyen d'introduire le client à la complexité d'un éventuel appareillage prothétique et à l'ampleur des efforts qu'il devra fournir pour arriver à ses fins.

 

 

 

 

RÉFÉRENCES

 

  1. Burgess, E.M., Romano, K.L. & Zettl, J.H. : The management of lower extremity amputations. Prosthetic and Sensory Ait Services, Department of medecine and surgery, Veterans Administration, Washington, D.C. Report n° TR 0-6, august, 1969.
  2.  

  3. Fleurant, F. W. & Alexander, J. : Below knee amputation and rehabilitation of amputees. Surg. Gynec. Obster. 1 51 : 41 -44, 1 980.

 

3- Rausch, R. W. & Khalili, A. A. : Air splint in preprosthetic rehabilitation of lower extremity amputated limbs. A clinical report. Physical Therapy 65 : 912-914, 1985.

 

 

Référence : Propos de réadaptation, vol. 9, no 1, mai 1990, p. 17-18